Obsolescence programmée : mythe ou réalité ?

Une fois n’est pas coutume, nous allons essayer de prendre un peu de hauteur pour parler d’un problème très général lié au monde de l’entreprise. : l’obsolescence programmée. On en entend parler tous les jours et ce dès le petit déjeuner, mais cela signifie-t-il pour autant que c’est une réalité ?

L’obsolescence programmée, loin d’être un mythe ?

Une Xbox 360 en panneTout a commencé par une discussion Facebook, sur laquelle je suis tombé après avoir terminé la rédaction d’un devis lié à une étude de positionnement. Un de mes contacts venait de partager un article de l’excellent site d’information Contrepoints, intitulé : « Comment j’ai déprogrammé l’obsolescence« .

Mon « ami Facebook » recommandait cette lecture à « ceux qui croient au mythe de l’obsolescence programmée ».

De fait, l’article est très intéressant car il rappelle certaines évidences qui ont tendance à être oubliées, tout particulièrement lorsque politiciens et journalistes se laissent emporter dans une diatribe anticapitaliste. J’ai particulièrement retenu celle-ci, qui intervient en fin d’article :

Vouloir combattre l’obsolescence programmée par voie législative, c’est contraindre les industriels à monter en gamme et donc en prix de vente.

Le mythe de l'obsolescence programmée

Perception et réalité

Ceux qui me lisent régulièrement savent que j’insiste souvent sur un point : en marketing – comme en politique et dans bien d’autres domaines, d’ailleurs -, c’est la perception de quelque chose et non sa réalité intrinsèque qui importe.

Or il se trouve, comme je vous le rappelais en introduction, que l’obsolescence programmée fait partie de ces concepts que l’on nous sert matin, midi, et soir. Même pendant l’été. Il n’est donc pas surprenant de voir que son existence ne fait plus aucun doute pour beaucoup de nos concitoyens.

Un internaute est donc venu démontrer par a+b que l’obsolescence programmée existe. La preuve : il l’a rencontrée. D’ailleurs les exemples ne manquent pas selon lui.

L'obsolescence, une réalité ?

En particulier :

On retiendra toujours que la Xbox 360 tombait largement plus de fois plus en panne que la Xbox 1 ou même que les consoles de plus vieilles générations.

Pas de chance, l’argument ne tient pas.

Les amateurs de jeux vidéo le savent bien.

Les premières Xbox 360 qui ont été mises sur le marché se sont en effet montrées bien peu fiables, le plus souvent pour un problème de surchauffe. Mais, au fil des mois et des séries produites, la fiabilité s’est peu à peu améliorée. Elle a ensuite franchis un cap avec la sortie du nouveau modèle de la console.

Idem du côté de la concurrente PlayStation 3 : les premiers modèles ont été nombreux à rendre l’âme, ce coup-ci en raison d’une fragilité du bloc optique. Là encore, la fiabilité s’est améliorée et les nouveaux modèles ne posent plus de problème notable.

Mais qu’en était-il du côté des consoles plus anciennes ? Là encore, les propos de cet internaute ne tiennent pas.

Si la Xbox 1 se montrait robuste, il ne faut pas oublier qu’elle était non seulement vendue à un prix astronomique lors de sa mise sur le marché mais qu’il s’agissait aussi de la première incursion de Microsoft dans le monde des consoles.

Regardons du côté des Nintendo, Sega et autres Sony. La PlayStation 2 ? Le cimetière des consoles est rempli de PS2 dont le bloc optique a lâché. Là encore, ce sont les premiers modèles qui ont, de loin, connu le taux de panne le plus élevé. La Dreamcast ? Même combat, ou presque. Toujours le bloc optique.

Et si l’on remonte plus encore dans le temps, que constate-t-on ? Tout simplement que les consoles se sont montrées fragiles dès lors qu’elles ont adopté les CD et autres DVD, autrement dit qu’on les a dotées d’un bloc optique. Le Mega CD est passé par là : la première génération a rencontré pas mal de soucis, puis a été remplacée par un modèle moins « beau », certes, mais moins cher et plus fiable. Idem côté PC-Engine de NEC : les premières Duo ont souffert en masse de problèmes de bloc optique, puis les versions R et RX sont apparues, bien plus sûres.

Quoi de plus logique lorsque l’on connaît un tant soit peu les processus de fabrication ? Le terme « maturité » suffit à résumer toute cette problématique.

Cela contredit un tantinet l’idée d’un méchant industriel qui prend un malin plaisir à fabriquer des produits qui vont tomber en panne le lendemain de la fin de la garantie.

L’obsolescence des disques durs en question

Qu’à cela ne tienne : des exemples, il en a à la pelle. Il enchaîne donc sur les disques durs, pour lesquels le constat semble imparable :

Aujourd’hui un disque dur tombe beaucoup plus souvent en panne.

Malheureusement, rien ne semble confirmer cet état de fait. Bien entendu, lorsque la capacité des disques durs augmente, le taux de panne augmente. Le temps pour l’industriel de maîtriser sa production.

L’explication tient toujours en un mot : maturité.

De fait, certaines marques progressent, d’autres régressent.

Les faits sont têtus. Mais cela n’empêche pas l’internaute de conclure :

Bref, je pense que l’obsolescence c’est loin d’être un mythe.

Perception, vous disais-je.

Déconstruisons le concept d’obsolescence programmée

Je n’ai donc pas pu résister au plaisir de saisir mon clavier – un « entrée de gamme » qui a bien 5 ou 6 ans et fonctionne toujours à la perfection – pour écrire ces quelques mots :

Mais c’est un concept « foireux » dans le sens où il n’y a pas de complot judéo-maçonnique qui vise à dire « ahahah à telle date ça va tomber en panne et l’abruti de consommateur va devoir repasser à la caisse ».
En tout cas pas plus que dans le cas du bousin qui sert à éplucher les patates, qui part beaucoup plus souvent à la poubelle lorsqu’il est de la même couleur que les patates que lorsqu’il est rouge vif. C’est simplement une question de positionnement marketing, de stratégie commerciale et – c’est évident – de cycle de vente.

L’article rappelle un point central : sans cette monstrueuse « obsolescence programmée », il faudrait peut-être encore économiser pendant des années pour s’acheter un téléviseur. La concurrence tire les prix vers le bas d’une manière générale. Alors évidemment il reste toujours possible de s’acheter un téléviseur à 2 ou 3000 euros, mais on peut en trouver à 300 qui tiennent la route. Bien entendu, celui à 300 va (statistiquement) clamser beaucoup plus rapidement que celui qui vaut 10 fois plus. L’autre possibilité serait de continuer de fabriquer des Amstrad CPC +++. Ils seraient d’une fiabilité irréprochable.

Les marques qui ont persisté à faire des produits « moyen ou haut de gamme » en les vendant cher sans pour autant affirmer un positionnement (au contraire par exemple d’Apple qui vend ses produits bien plus cher que leur « valeur réelle ») ont coulé.

Le résultat c’est que la capacité des disques durs a augmenté à une vitesse bien plus grande que ce que l’on pouvait penser dans les années 80 ou même 90 (attention pour ce secteur en particulier à ne pas oublier les inondations qui ont fortement marqué le marché : il faut toujours prendre du recul pour comprendre).

L’obsolescence existe, évidemment. Elle n’est simplement pas « programmée », stricto sensu.

Mais après tout peu importe, vous répondront certains : qu’elle soit programmée ou non, c’est à cause de l’obsolescence que l’on vit dans un monde d’opulence.

Bref, de surconsommation.

Voilà le vrai coupable à leurs yeux.

Crédit photo : SpoonMonkey

Laurent Matignon
Consultant web marketing freelance

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7 Réponses à “Obsolescence programmée : mythe ou réalité ?”

  1. Victor de cheesecake 9 septembre 2013 at 8 h 40 min #

    Je pense aussi qu’il faut rester prudent avec ce concept d’obsolescence. J’en ai pour preuve un vieux Nokia 3310 que j’ai depuis au moins 10 ans et qui marche toujours à la perfection. Il ne me sert plus bien sur que de téléphone de secours, mais je pourrais très bien l’utiliser au quotidien. Le truc c’est qu’il est juste dépassé par les smartphones actuels, et c’est pour ça que depuis des année j’ai acheté d’autres téléphones…

    • Laurent Matignon 9 septembre 2013 at 9 h 47 min #

      Tout est résumé dans votre commentaire. Dans de nombreux domaines, c’est le progrès avant tout qui rend les produits obsolètes.

  2. Loïc 11 septembre 2013 at 20 h 43 min #

    Bonjour,
    justement, tout est résumé dans votre commentaire, l’arrivée de nouveaux produits toujours plus rapides, plus puissants, et plus « nouveaux ».. poussant alors les consommateurs à acheter la dernière nouveauté et réduisant ainsi nos « vieux » smartphones à l’état de désuétude ne serait-il pas un type « d’obsolescence programmée » ?

    • Laurent Matignon 12 septembre 2013 at 10 h 18 min #

      Si l’on reprend la définition de l’obsolescence (en économie) :
      « Diminution de la valeur d’usage d’un bien de production due non à l’usure matérielle, mais au progrès technique ou à l’apparition de produits nouveaux. »
      Via CNRTL

      Le problème dans cette histoire d’obsolescence programmée est que deux notions sont mélangées :
      - le progrès,
      - la fiabilité.

      Cette confusion a été volontairement mise en place et entretenue par des gens qui, comme je le montre dans la conclusion de mon article, sont opposés à ce qu’ils nomment la « surconsommation ». Du coup, comme l’idée de progrès est naturellement bien vue – encore heureux… -, ils ont compris qu’il fallait dévoiler aux gens le « côté obscur ». Ils entretiennent donc l’idée que le méchant capitaliste piège les produits qu’il vend pour abuser le consommateur.

      Ceci parce qu’ils sont dans une logique archaïque, d’inspiration marxiste, qui consiste à penser que dans toute relation commerciale il y a un dominant et un dominé, un vainqueur et un vaincu (à l’opposé d’une relation gagnant-gagnant).

      En réalité, ce sont deux notions bien différentes :

      - Soit on pense que le progrès va « trop vite ». On regrette de pouvoir s’acheter tous les trois ou quatre ans un téléviseur dernier cri quand quelques années auparavant il fallait économiser pendant très longtemps – voire prendre un crédit – pour s’acheter un téléviseur cathodique noir et blanc, qu’on allait conserver pendant vingt ans, même si le voisin s’était offert entre temps un téléviseur couleurs.

      C’est un point de vue tout à fait acceptable, ne serait-ce que pour des raisons écologiques – encore faudrait-il expliquer que ce n’est en rien une fatalité mais que cela nécessite un temps d’adaptation et un environnement favorable pour que le business du recyclage puisse se développer.

      Dans ce cas, la meilleure solution pour chaque individu est d’adapter ses actes à ses convictions. Par exemple, vous parlez de vieux smartphones : rien ne vous empêche de continuer de vous servir de votre vieux Nokia 3310 pour téléphoner, cela fonctionne encore ;-) Vous pouvez également continuer de surfer sur le net avec un ordinateur du début du siècles (si, si), au besoin en rajoutant un peu de mémoire vive pour quelques euros.

      - Soit on se dit que le progrès c’est génial mais qu’on aimerait bien garder un produit qui fonctionne pendant des années, parce qu’on se sent un peu obligé de repasser à la caisse alors qu’on n’en avait ni envie ni besoin, ou qu’on aime bien ressortir son vieil appareil de son carton et le refaire fonctionner de temps à autre.

      Point de vue tout à fait respectable également.

      Il se trouve que, là encore, c’est le consommateur qui détient le pouvoir : internet lui permet de se renseigner mieux que jamais sur les marques et les produits qui offrent la meilleure fiabilité ou, en tout cas, le meilleur rapport qualité-prix.
      Il faut simplement accepter de payer un peu plus cher car, oh surprise, une entreprise qui ne fait pas de bénéfice finit par disparaître.

      Personnellement je suis mélomane. J’ai adopté certains nouveaux standards, en tout cas en partie (j’ai quelques SA-CD, DVD-Audio, …) mais j’ai aussi et surtout des vinyls et naturellement essentiellement des CD. Sans parler des mp3 flac etc. J’ai même conservé mes cassettes :-) Bref je n’ai pas mis à la poubelle mes « anciens formats » sous prétexte qu’un nouveau venait d’être mis sur le marché. J’ai uniquement racheté quelques albums que j’avais en cassettes, essentiellement pour des questions de qualité de reproduction sonore.

      Et lorsque l’on regarde les chiffres de vente, en particulier le renouveau du vinyl – dont la croissance, ne nous y trompons pas, atteindra bientôt un « plafond de verre », si ce n’est déjà fait -, on se dit que c’est le consommateur avant tout qui décide si obsolescence il y a ou pas.

  3. Marc de cable chauffant 4 octobre 2013 at 16 h 27 min #

    Bonjour,

    Il reste toutefois quelques points sur lesquels les comportements des entreprises reste suspect. Je pense en particulier à ceux sur les imprimantes, pour lesquels il semble compliqué de trouver des sources d’informations fiables. Auriez vous plus d’informations à ce sujet ?

    En tout cas, ne pensez vous pas que certaines marques ne font aucun effort pour rendre l’interieur de leur produit plus simpleà ouvrir et reparer, pour s’assurer que les clients privilegies un nouvel achat ? (cf Apple qui soudait ses batterie)

  4. John Alright 27 janvier 2014 at 23 h 17 min #

    Peut-être que l’obsolescence de certains produit n’est pas programmée, mais, aussi les fabricants ne semble peut être pas vouloir aider à prolonger la pérennité d’un produit. Par exemple, un ordinateur qui marche sous Windows, au bout de 2 ou 3 ans, les gens vont en acheter un nouveau parce que le précédent est trop lent. Est-ce dû au fait que les applications sont plus lourdes ou que les mises à jour de Windows prennent plus de place ou que d’autres programmes prennent plus de mémoires ?

    Je me souviens du temps où je programmais des animations et présentations sur des disquettes. Il fallait constamment optimiser les graphiques pour faire tout contenir sur 1.4 MB! Des que les CD-ROM arrivèrent sur le marché, plus besoin d’optimiser. Je me demande si cela s’applique sur les logiciels d’aujourd’hui où les ordinateurs sont tellement plus puissants et les disques durs plus rapides, qu’il n’y a plus lieu d’optimiser la programmation et lors de mise à jour, les anciens ordinateurs sont pénalisés.
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    • Laurent Matignon 28 janvier 2014 at 9 h 50 min #

      C’est très juste. L’élément central est donc bien la notion de « surconsommation » ;-)
      C’est particulièrement vrai, comme vous le soulignez, en matière d’informatique, où le rythme est effréné… Dans un système complètement encadré par l’Etat, que beaucoup souhaitent en hurlant à l’ « ultra-libéralisme » à longueur de temps, nous serions tous en train de travailler sur des descendants de Thomson MO5 – ah, le plan « Informatique pour tous », quel bonheur… -, que nous pourrions conserver pendant des années… Youpi. Mais nous n’aurions pas accès à toutes les innovations auxquelles nous nous habituons si vite.

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