Obsolescence programmée : mythe ou réalité ?

Une fois n’est pas coutume, nous allons essayer de prendre un peu de hauteur pour parler d’un problème très général lié au monde de l’entreprise. : l’obsolescence programmée. On en entend parler tous les jours et ce dès le petit déjeuner, mais cela signifie-t-il pour autant que c’est une réalité ?

L’obsolescence programmée, loin d’être un mythe ?

Une Xbox 360 en panneTout a commencé par une discussion Facebook, sur laquelle je suis tombé après avoir terminé la rédaction d’un devis lié à une étude de positionnement. Un de mes contacts venait de partager un article de l’excellent site d’information Contrepoints, intitulé : « Comment j’ai déprogrammé l’obsolescence« .

Mon « ami Facebook » recommandait cette lecture à « ceux qui croient au mythe de l’obsolescence programmée ».

De fait, l’article est très intéressant car il rappelle certaines évidences qui ont tendance à être oubliées, tout particulièrement lorsque politiciens et journalistes se laissent emporter dans une diatribe anticapitaliste. J’ai particulièrement retenu celle-ci, qui intervient en fin d’article :

Vouloir combattre l’obsolescence programmée par voie législative, c’est contraindre les industriels à monter en gamme et donc en prix de vente.

Le mythe de l'obsolescence programmée

Perception et réalité

Ceux qui me lisent régulièrement savent que j’insiste souvent sur un point : en marketing – comme en politique et dans bien d’autres domaines, d’ailleurs -, c’est la perception de quelque chose et non sa réalité intrinsèque qui importe.

Or il se trouve, comme je vous le rappelais en introduction, que l’obsolescence programmée fait partie de ces concepts que l’on nous sert matin, midi, et soir. Même pendant l’été. Il n’est donc pas surprenant de voir que son existence ne fait plus aucun doute pour beaucoup de nos concitoyens.

Un internaute est donc venu démontrer par a+b que l’obsolescence programmée existe. La preuve : il l’a rencontrée. D’ailleurs les exemples ne manquent pas selon lui.

L'obsolescence, une réalité ?

En particulier :

On retiendra toujours que la Xbox 360 tombait largement plus de fois plus en panne que la Xbox 1 ou même que les consoles de plus vieilles générations.

Pas de chance, l’argument ne tient pas.

Les amateurs de jeux vidéo le savent bien.

Les premières Xbox 360 qui ont été mises sur le marché se sont en effet montrées bien peu fiables, le plus souvent pour un problème de surchauffe. Mais, au fil des mois et des séries produites, la fiabilité s’est peu à peu améliorée. Elle a ensuite franchis un cap avec la sortie du nouveau modèle de la console.

Idem du côté de la concurrente PlayStation 3 : les premiers modèles ont été nombreux à rendre l’âme, ce coup-ci en raison d’une fragilité du bloc optique. Là encore, la fiabilité s’est améliorée et les nouveaux modèles ne posent plus de problème notable.

Mais qu’en était-il du côté des consoles plus anciennes ? Là encore, les propos de cet internaute ne tiennent pas.

Si la Xbox 1 se montrait robuste, il ne faut pas oublier qu’elle était non seulement vendue à un prix astronomique lors de sa mise sur le marché mais qu’il s’agissait aussi de la première incursion de Microsoft dans le monde des consoles.

Regardons du côté des Nintendo, Sega et autres Sony. La PlayStation 2 ? Le cimetière des consoles est rempli de PS2 dont le bloc optique a lâché. Là encore, ce sont les premiers modèles qui ont, de loin, connu le taux de panne le plus élevé. La Dreamcast ? Même combat, ou presque. Toujours le bloc optique.

Et si l’on remonte plus encore dans le temps, que constate-t-on ? Tout simplement que les consoles se sont montrées fragiles dès lors qu’elles ont adopté les CD et autres DVD, autrement dit qu’on les a dotées d’un bloc optique. Le Mega CD est passé par là : la première génération a rencontré pas mal de soucis, puis a été remplacée par un modèle moins « beau », certes, mais moins cher et plus fiable. Idem côté PC-Engine de NEC : les premières Duo ont souffert en masse de problèmes de bloc optique, puis les versions R et RX sont apparues, bien plus sûres.

Quoi de plus logique lorsque l’on connaît un tant soit peu les processus de fabrication ? Le terme « maturité » suffit à résumer toute cette problématique.

Cela contredit un tantinet l’idée d’un méchant industriel qui prend un malin plaisir à fabriquer des produits qui vont tomber en panne le lendemain de la fin de la garantie.

L’obsolescence des disques durs en question

Qu’à cela ne tienne : des exemples, il en a à la pelle. Il enchaîne donc sur les disques durs, pour lesquels le constat semble imparable :

Aujourd’hui un disque dur tombe beaucoup plus souvent en panne.

Malheureusement, rien ne semble confirmer cet état de fait. Bien entendu, lorsque la capacité des disques durs augmente, le taux de panne augmente. Le temps pour l’industriel de maîtriser sa production.

L’explication tient toujours en un mot : maturité.

De fait, certaines marques progressent, d’autres régressent.

Les faits sont têtus. Mais cela n’empêche pas l’internaute de conclure :

Bref, je pense que l’obsolescence c’est loin d’être un mythe.

Perception, vous disais-je.

Déconstruisons le concept d’obsolescence programmée

Je n’ai donc pas pu résister au plaisir de saisir mon clavier – un « entrée de gamme » qui a bien 5 ou 6 ans et fonctionne toujours à la perfection – pour écrire ces quelques mots :

Mais c’est un concept « foireux » dans le sens où il n’y a pas de complot judéo-maçonnique qui vise à dire « ahahah à telle date ça va tomber en panne et l’abruti de consommateur va devoir repasser à la caisse ».
En tout cas pas plus que dans le cas du bousin qui sert à éplucher les patates, qui part beaucoup plus souvent à la poubelle lorsqu’il est de la même couleur que les patates que lorsqu’il est rouge vif. C’est simplement une question de positionnement marketing, de stratégie commerciale et – c’est évident – de cycle de vente.

L’article rappelle un point central : sans cette monstrueuse « obsolescence programmée », il faudrait peut-être encore économiser pendant des années pour s’acheter un téléviseur. La concurrence tire les prix vers le bas d’une manière générale. Alors évidemment il reste toujours possible de s’acheter un téléviseur à 2 ou 3000 euros, mais on peut en trouver à 300 qui tiennent la route. Bien entendu, celui à 300 va (statistiquement) clamser beaucoup plus rapidement que celui qui vaut 10 fois plus. L’autre possibilité serait de continuer de fabriquer des Amstrad CPC +++. Ils seraient d’une fiabilité irréprochable.

Les marques qui ont persisté à faire des produits « moyen ou haut de gamme » en les vendant cher sans pour autant affirmer un positionnement (au contraire par exemple d’Apple qui vend ses produits bien plus cher que leur « valeur réelle ») ont coulé.

Le résultat c’est que la capacité des disques durs a augmenté à une vitesse bien plus grande que ce que l’on pouvait penser dans les années 80 ou même 90 (attention pour ce secteur en particulier à ne pas oublier les inondations qui ont fortement marqué le marché : il faut toujours prendre du recul pour comprendre).

L’obsolescence existe, évidemment. Elle n’est simplement pas « programmée », stricto sensu.

Mais après tout peu importe, vous répondront certains : qu’elle soit programmée ou non, c’est à cause de l’obsolescence que l’on vit dans un monde d’opulence.

Bref, de surconsommation.

Voilà le vrai coupable à leurs yeux.

Crédit photo : SpoonMonkey

Commentaires

  1. a écrit

    Je pense aussi qu’il faut rester prudent avec ce concept d’obsolescence. J’en ai pour preuve un vieux Nokia 3310 que j’ai depuis au moins 10 ans et qui marche toujours à la perfection. Il ne me sert plus bien sur que de téléphone de secours, mais je pourrais très bien l’utiliser au quotidien. Le truc c’est qu’il est juste dépassé par les smartphones actuels, et c’est pour ça que depuis des année j’ai acheté d’autres téléphones…

  2. Loïc a écrit

    Bonjour,
    justement, tout est résumé dans votre commentaire, l’arrivée de nouveaux produits toujours plus rapides, plus puissants, et plus « nouveaux ».. poussant alors les consommateurs à acheter la dernière nouveauté et réduisant ainsi nos « vieux » smartphones à l’état de désuétude ne serait-il pas un type « d’obsolescence programmée » ?

    • a écrit

      Si l’on reprend la définition de l’obsolescence (en économie) :
      « Diminution de la valeur d’usage d’un bien de production due non à l’usure matérielle, mais au progrès technique ou à l’apparition de produits nouveaux. »
      Via CNRTL

      Le problème dans cette histoire d’obsolescence programmée est que deux notions sont mélangées :
      – le progrès,
      – la fiabilité.

      Cette confusion a été volontairement mise en place et entretenue par des gens qui, comme je le montre dans la conclusion de mon article, sont opposés à ce qu’ils nomment la « surconsommation ». Du coup, comme l’idée de progrès est naturellement bien vue – encore heureux… -, ils ont compris qu’il fallait dévoiler aux gens le « côté obscur ». Ils entretiennent donc l’idée que le méchant capitaliste piège les produits qu’il vend pour abuser le consommateur.

      Ceci parce qu’ils sont dans une logique archaïque, d’inspiration marxiste, qui consiste à penser que dans toute relation commerciale il y a un dominant et un dominé, un vainqueur et un vaincu (à l’opposé d’une relation gagnant-gagnant).

      En réalité, ce sont deux notions bien différentes :

      – Soit on pense que le progrès va « trop vite ». On regrette de pouvoir s’acheter tous les trois ou quatre ans un téléviseur dernier cri quand quelques années auparavant il fallait économiser pendant très longtemps – voire prendre un crédit – pour s’acheter un téléviseur cathodique noir et blanc, qu’on allait conserver pendant vingt ans, même si le voisin s’était offert entre temps un téléviseur couleurs.

      C’est un point de vue tout à fait acceptable, ne serait-ce que pour des raisons écologiques – encore faudrait-il expliquer que ce n’est en rien une fatalité mais que cela nécessite un temps d’adaptation et un environnement favorable pour que le business du recyclage puisse se développer.

      Dans ce cas, la meilleure solution pour chaque individu est d’adapter ses actes à ses convictions. Par exemple, vous parlez de vieux smartphones : rien ne vous empêche de continuer de vous servir de votre vieux Nokia 3310 pour téléphoner, cela fonctionne encore ;-) Vous pouvez également continuer de surfer sur le net avec un ordinateur du début du siècles (si, si), au besoin en rajoutant un peu de mémoire vive pour quelques euros.

      – Soit on se dit que le progrès c’est génial mais qu’on aimerait bien garder un produit qui fonctionne pendant des années, parce qu’on se sent un peu obligé de repasser à la caisse alors qu’on n’en avait ni envie ni besoin, ou qu’on aime bien ressortir son vieil appareil de son carton et le refaire fonctionner de temps à autre.

      Point de vue tout à fait respectable également.

      Il se trouve que, là encore, c’est le consommateur qui détient le pouvoir : internet lui permet de se renseigner mieux que jamais sur les marques et les produits qui offrent la meilleure fiabilité ou, en tout cas, le meilleur rapport qualité-prix.
      Il faut simplement accepter de payer un peu plus cher car, oh surprise, une entreprise qui ne fait pas de bénéfice finit par disparaître.

      Personnellement je suis mélomane. J’ai adopté certains nouveaux standards, en tout cas en partie (j’ai quelques SA-CD, DVD-Audio, …) mais j’ai aussi et surtout des vinyls et naturellement essentiellement des CD. Sans parler des mp3 flac etc. J’ai même conservé mes cassettes :-) Bref je n’ai pas mis à la poubelle mes « anciens formats » sous prétexte qu’un nouveau venait d’être mis sur le marché. J’ai uniquement racheté quelques albums que j’avais en cassettes, essentiellement pour des questions de qualité de reproduction sonore.

      Et lorsque l’on regarde les chiffres de vente, en particulier le renouveau du vinyl – dont la croissance, ne nous y trompons pas, atteindra bientôt un « plafond de verre », si ce n’est déjà fait -, on se dit que c’est le consommateur avant tout qui décide si obsolescence il y a ou pas.

  3. a écrit

    Bonjour,

    Il reste toutefois quelques points sur lesquels les comportements des entreprises reste suspect. Je pense en particulier à ceux sur les imprimantes, pour lesquels il semble compliqué de trouver des sources d’informations fiables. Auriez vous plus d’informations à ce sujet ?

    En tout cas, ne pensez vous pas que certaines marques ne font aucun effort pour rendre l’interieur de leur produit plus simpleà ouvrir et reparer, pour s’assurer que les clients privilegies un nouvel achat ? (cf Apple qui soudait ses batterie)

  4. John Alright a écrit

    Peut-être que l’obsolescence de certains produit n’est pas programmée, mais, aussi les fabricants ne semble peut être pas vouloir aider à prolonger la pérennité d’un produit. Par exemple, un ordinateur qui marche sous Windows, au bout de 2 ou 3 ans, les gens vont en acheter un nouveau parce que le précédent est trop lent. Est-ce dû au fait que les applications sont plus lourdes ou que les mises à jour de Windows prennent plus de place ou que d’autres programmes prennent plus de mémoires ?

    Je me souviens du temps où je programmais des animations et présentations sur des disquettes. Il fallait constamment optimiser les graphiques pour faire tout contenir sur 1.4 MB! Des que les CD-ROM arrivèrent sur le marché, plus besoin d’optimiser. Je me demande si cela s’applique sur les logiciels d’aujourd’hui où les ordinateurs sont tellement plus puissants et les disques durs plus rapides, qu’il n’y a plus lieu d’optimiser la programmation et lors de mise à jour, les anciens ordinateurs sont pénalisés.

    • a écrit

      C’est très juste. L’élément central est donc bien la notion de « surconsommation » ;-)
      C’est particulièrement vrai, comme vous le soulignez, en matière d’informatique, où le rythme est effréné… Dans un système complètement encadré par l’Etat, que beaucoup souhaitent en hurlant à l’ « ultra-libéralisme » à longueur de temps, nous serions tous en train de travailler sur des descendants de Thomson MO5 – ah, le plan « Informatique pour tous », quel bonheur… -, que nous pourrions conserver pendant des années… Youpi. Mais nous n’aurions pas accès à toutes les innovations auxquelles nous nous habituons si vite.

  5. yoman a écrit

    Vous remettez en doute les exemples avancés dans l’excellent (ok, c’est que mon avis :-) ) reportage d’Arte présentant comme exemple les bas nylon, l’ampoule électrique, les imprimantes ?
    L’Obsolescence programmée, c’est aussi le fait de ne pas pouvoir réparer les objets car les pièces de rechanges sont mises à la benne au bout de qq années (comme pour ma montre). Ou parce qu’il n’y a même pas de pièces de rechange, comme les lunettes de soleil (dixit mon opticien).
    Pensons aussi au coût prohibitif de la réparation.
    Pensons à mes enceinte Elipson achetées dans les années 80 « garantie à vie ». Garantie qui n’existe plus vraiment.
    Ok, peut être que l’Obsolescence programmée a bon dos. Plus un système est compliqué, plus il plante. Mais comment expliquer à ma mère de 80 ans pourquoi dans les années 80 son téléphone marchait au poil, et pourquoi maintenant sa coupe, ça déconne, qu’il faut rebooter la box…..
    « Maman, c’est pourtant simple à comprendre, plus un système est compliqué, plus c’est de la m – – – – « 

    • a écrit

      Vous pouvez demander à votre mère ce que représentait l’achat d’un téléviseur d’entrée de gamme / moyenne gamme dans les années 80 par rapport à son budget – par exemple, rapporté à un salaire – et le comparer à ce que ça représente aujourd’hui ;-) Pour que ce soit pertinent, il faudrait naturellement comparer ça à des données du type « salaire moyen français » ou autre, et non à la situation d’une personne isolée.

      L’achat d’un téléviseur était un budget conséquent pour un ménage, bien plus qu’il ne l’est aujourd’hui. Evidemment, le téléviseur était là pour longtemps. Aujourd’hui on peut s’offrir un téléviseur full HD pour pas grand chose – toujours par rapport au salaire moyen – mais la 4K arrive déjà à grand pas. En outre, regardez du côté des ordinateurs… Pour baisser les coûts, le fabricant va par exemple intégrer plusieurs composants à la carte mère. Evidemment, en contrepartie, si la pièce lâche cela a un impact plus important que sur un ordinateur où chaque composant est bien séparé.

      Le temps s’est accéléré, c’est une évidence, et je comprends tout à fait qu’on y soit opposé. De même, le coût de nombreux équipements a fortement baissé. Là aussi je comprends que cela dérange. Mais il faut appeler un chat un chat.

      Par rapport à la box, il y a la question des box à coût très bas, au regard de ses capacités – d’ailleurs en cas de problème les opérateurs préfèrent changer la box et la remplacer par une neuve sans vraiment chercher à comprendre, ce que certains vont qualifier d’obsolescence programmée.

      Mais il y a aussi la question de la qualité du réseau. Nous payons là actuellement le prix de la politique de l’Etat. Les opérateurs sont massivement subventionnés pour installer la fibre dans les quartiers, ce qui permet de communiquer sur le mode « la France est en avance puisque X% de la population a déjà accès au très haut débit ».

      La réalité est beaucoup moins rose. De très nombreux foyers – c’est d’ailleurs mon cas – vivent dans un quartier relié à la fibre, mais il leur est refusé de connecter leur immeuble à la fibre au motif que celui-ci ne compte pas assez de logements. Et puis il y a aussi la 4G. Problème : dans le même temps, le réseau « classique » se dégrade. Les installations vieillissent, et les abonnés sont toujours plus nombreux. Du coup, la qualité moyenne de connexion à internet s’est continuellement dégradée – je ne parle pas du réseau mobile – en France ces dernières années. Mais ce qui est en cause c’est l’étatisme, soit tout le contraire de l’ultra-libéralisme pointé du doigt – par l’Etat et ceux qui profitent largement du système, comme c’est surprenant :-)

      Autre point : regarder le prix d’une PlayStation au Brésil ne suffit pas pour se rendre compte de la situation économique du pays. En revanche, lorsque l’on compare ce prix au salaire moyen, ça devient parlant.

      Le fond de la question, comme je l’ai dit dans l’article, c’est qu’il est devenu moins cher de racheter du neuf, plus évolué que la génération précédente, que de faire réparer. Cela pose évidemment des questions, des problèmes, mais il ne faut pas voir partout un complot capitaliste visant à forcer les gens à acheter plus. L’erreur classique, c’est de voir une intention partout. Les théories du complot ne sont que l’expression la plus marquée de ce problème de vue.

      Ah, pour finir… J’ai acheté 6 ampoules « basse consommation » début 2013. Deux d’entre elles ont tenu moins d’un an, ce qui est absolument anormal. On peut en conclure que le fabricant a volontairement fabriqué des ampoules pourries, pour tromper le client et le forcer à racheter ses ampoules quelques mois plus tard. Il faudrait quand même que le client en question soit totalement stupide, sauf à partir sur l’idée, classique chez les adeptes de l’obsolescence programmée puisqu’elle colle à l’idée de complot mondial / mondialisé / mondialiste, d’un accord entre 100% des acteurs de 100% du marché visant à ne pas laisser de choix au consommateur. Et « suffit-il d’avoir le choix pour être libre ? », pour reprendre un sujet du bac philo de cette année – réponse attendue par un grand nombre de correcteurs : non naturellement, le capitalisme c’est l’illusion de la liberté ;-)

      Ou on peut se dire qu’il a tellement compressé les coûts pour proposer un prix attractif – je les ai payées à un prix très bas – que, par exemple, le contrôle qualité est médiocre. Evidemment du coup j’ai le sentiment de m’être fait avoir, puisque ces ampoules me sont revenues plus cher que si j’avais acheté de bonnes vieilles ampoules à filament. Et je n’avais pas le choix, puisque pour ces puissances les ampoules à filament n’existent plus. Mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Chez mes parents, il y a des ampoules basse consommation achetées il y a très longtemps, qui fonctionnent tous les jours, et aucune n’a cessé de fonctionner à ce jour… Mais à l’époque, le prix de ces ampoules était élevé !

  6. Breton a écrit

    Bonsoir,

    Je viens de lire votre article à la suite des recherches sur le sujet de l’obsolescence programmée. En effet, dans le cadre de ma formation, je dois réaliser un mémoire. J’ai longtemps hésité entre plusieurs sujets puis j’ai réussi à en faire émerger 2 principaux : l’obsolescence programmée et le gaspillage alimentaire. Le premier, parce que ce sujet me tient à cœur, étant un fan des nouvelles technologies et innovation, la découverte de ce terme m’avait beaucoup choqué. Je me concentre d’abord sur la recherche bibliographie afin d’en dégager une problématique et un plan. C’est le choix du titre de mon sujet qui m’a directement conduit à votre blog. C’est suite à un reportage en 2011, Prêt à jeter, qui m’a donnée envie de traiter de ce sujet. Je ne l’ai pas encore revu. En tout cas, dans mes souvenirs, j’avais trouvé ce reportage très intéressant et intrigant. Aujourd’hui, je vois qu’il est critiqué par certaine personne, et que l’obsolescence programmée ne serait en réalité qu’un mythe ? Peut-être trop naïf à l’époque. Votre critique à l’égard de ce terme me servira d’antithèse. Pour l’instant je reste convaincu que l’obsolescence programmée existe bel et bien.
    Je me permets donc de vous solliciter pour avoir votre avis (le plus objectif possible) sur l’angle choisi et la dimension que je souhaite donner à mon travail :

    Titre du mémoire : L’obsolescence programmée : mythe ou réalité ?

    PLAN :

    INTRODUCTION

    Dans cette partie, je définirai bien sûr les différents termes de mon mémoire en particulier celui de l’obsolescence d’une manière générale et de l’obsolescence programmée. Je vais tenter de trouver la source de ce terme et quel lien peut-il y avoir entre le mythe et la réalité de son existence.

    Partie 1 : l’Histoire de l’obsolescence programmée
    1 – Définition et étymologie du terme « obsolescence »
    2 – Historique et définition de l’obsolescence programmée
    3 – Les différentes formes d’obsolescence programmée
    a) Obsolescence programmée technique ou technologique
    b) Obsolescence programmée psychologique ou esthétique
    c) Obsolescence programmée par péremption

    Dans cette partie, je vais partir du postulat que l’obsolescence programmée est un mythe. Je vais tenter de démontrer que ce n’est qu’une simple théorie et qu’il est difficile de concevoir que les industriels puissent délibérément concevoir des produits programmés pour mourir sur une période donnée.

    Partie 2 : L’obsolescence programmée est-elle une théorie économique servant les intérêts des industriels ?
    1 – Une nécessité face à la crise, théorie de Bernard London
    2 – Dans une société du jetable, un coupable idéal
    3 – Le problème éthique des ingénieurs

    Enfin dans cette partie, je vais essayer de prouver que ce terme existe bel et bien dans notre société et qu’il mérite amplement la définition qui lui en est faite. Je vais également mettre en avant les organisations souhaitant lutter contre ce phénomène et les solutions qu’elles apportent.

    Partie 3 : Le consommateur face aux réalités de l’obsolescence programmée
    1 – L’obsolescence programmée au travers d’exemple avec 3 produits du quotidien (les produits seront déterminés plus tard selon mes recherches).
    a) Produit n°1
    b) Produit n°2
    c) Produit n°3
    2 – Les industriels tendent à rendre les produits obsolètes, oui, à les tuer, sûrement.
    3 – Les moyens de lutte contre l’obsolescence programmée
    a) Que dit la loi ?
    b) Affichage de la durée de vie moyenne des produits
    c) Extension de garantie gratuite
    d) L’économie de la fonctionnalité

    CONCLUSION

    Il s’agit encore d’une ébauche de plan que je dois bientôt rendre. Toutes critiques négatives ou positives sont les bienvenues. Je vous remercie d’avance.

    • a écrit

      Ça me semble bien dans l’ensemble ! :-)

      Sans partir dans une approche « philosophique », personnellement je m’attarderais un moment dans la première partie sur le terme « programmée » car c’est un point central dans tout ce débat.

      En quelques mots, « programmée » indique une intention, et même un peu plus, puisque cela suggère une planification.

      Je ferais ici un rapprochement avec l’immense succès des « théories du complot » dans nos sociétés. Là encore, sans entrer dans une analyse en profondeur de la question, je relèverais simplement que les théories du complot sont une réponse immédiate à nos angoisses : mieux valent des catastrophes qui arrivent par la volonté de quelqu’un – ou de quelque chose -, car l’on peut agir sur cette volonté, donc sur la cause, que des catastrophes qui arrivent « par hasard ». Or ces angoisses sont d’autant plus fortes dans un monde où tout va très vite et de plus en plus vite, où tout est interconnecté. Nous sommes noyés en permanence sous les données et les « informations ». Les théories du complot, en reliant des éléments qui ne sont pas forcément liés, apportent une grille de lecture réconfortante, puisqu’elles donnent une illusion de maîtrise, dont je parlais précédemment, mais aussi tout simplement… l’impression de comprendre le monde dans lequel on vit.

      Dans ces conditions, il n’est nullement étonnant de constater à quel point elles sont une des réponses privilégiées, et chez certains quasi-exclusives, à bon nombre de questions. Ceci est d’autant plus redoutable que celui qui a fabriqué dans son esprit le « complot parfait » va tenir un discours en apparence très cohérent et va ainsi faire douter son interlocuteur, qui sera qualifié d’aveugle ou de naïf.

      Exemple simple : lorsqu’il y a eu la catastrophe de Brétigny, il suffisait de se connecter à Facebook ou Twitter pour voir des défiler des dizaines de commentaires du type « on ne me fera pas croire que cette pièce qui pèse tant est allée se loger par hasard à cet endroit précis ». Et les coupables étaient ensuite clairement désignés, sans surprise : pour certains c’était les jeunes de banlieue du coin, pour d’autres Al-Qaïda, pour d’autres les juifs, les franc-maçons, ou encore les Maîtres du Monde banquiers financiers impérialistes américains qui veulent tout privatiser… J’en passe et des meilleurs… :-)

      Evidemment, celui qui croyait la version officielle de l’accident était un imbécile. Aujourd’hui les expertises ont confirmé que c’est pourtant l’explication la plus vraisemblable : un accident consécutif à un entretien désastreux des voies ferrées, autrement dit, une « catastrophe annoncée » lorsque l’on étudie la question une fois que celle-ci s’est produite, mais pas de complot. Cela n’empêchera évidemment pas un grand nombre de personnes de continuer de penser qu’on leur cache la Vérité.

      Sinon, une précision importante pour finir. Je ne nie pas que l’obsolescence programmée existe.

      Il est évident que certains industriels conçoivent délibérément des produits dont une ou plusieurs pièces sont destinées à lâcher au bout d’un temps donné. Ceci tout particulièrement dans certains secteurs, par exemple (liste non exhaustive) lorsque la clientèle est captive, lorsque la concurrence est faible, ou lorsque l’image d’une marque n’est pas ou peu engagée. C’est le fameux exemple de l’épluche-légumes couleur pomme de terre, qu’on achète sans y associer un nom particulier, et que l’on jette par inadvertance en se jurant d’en prendre un rouge fluo la fois suivante ;-)

      La meilleure façon de lutter contre cela, à mon sens, est un recul de l’Etat, qui favoriserait une concurrence permettant au consommateur de sanctionner les entreprises qui s’adonnent à de telles pratiques. Ce n’est évidemment pas la « solution miracle », mais à vrai dire, contrairement à ce que certains pensent, il n’y en a aucune.

      Sans surprise, je n’ai pas l’impression que cette « solution » figure dans votre plan. Je dis « sans surprise » car nous vivons dans un pays complètement accro à l’interventionnisme, aux lois, aux normes, aux règles, aux taxes, … Je vous suggère néanmoins de réfléchir même brièvement à cette approche libérale de la question, qui n’est que très peu relayée dans les médias français – se tourner au besoin vers la presse étrangère.

      Ce que je conteste, c’est d’utiliser cette notion d’ « obsolescence programmée » pour désigner tout et n’importe quoi. Citer trois exemples comme vous allez le faire est une bonne chose, à condition de citer également des contre-exemples, à savoir des produits au sujet desquels on parle régulièrement, mais à tort, d’obsolescence programmée. Et au final montrer qu’en réalité la grande majorité des cas rentre dans cette deuxième catégorie…

      Dernier point, dont j’ai déjà parlé plus haut : attention à l’idée de « volonté de rendre obsolète ». Sauf à imaginer une société dans laquelle nous vivrions très exactement comme il y a plusieurs milliers d’années, il y a nécessairement une volonté de rendre obsolète. Je vous conseille de bien étudier – si ce n’est déjà fait naturellement :-) – la notion d’ « innovation » et les travaux de Joseph Schumpeter.

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